Alice Bonneau.
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Cas 05 · Basic Fit · Product design · Behavioral design · entraînement adaptatifs

Pour un débutant, la salle est un espace psychologique avant d'être physique.

L'app Basic Fit avait un langage de design, mais pas de langage pour la confiance. Voici une refonte de l'expérience de séance pour qu'un débutant puisse commencer, s'adapter et terminer un entraînement dans une vraie salle bondée, sans se sentir observé.

Rôle
Product Designer: research, UX/UI
Périmètre
Refonte de l'expérience de séance
Statut
Projet personnel
Plateforme
Mobile · iOS
UX designUI designApp mobile

Contexte

Une app ouverte par des millions, mais jamais vraiment utilisée par les débutants.

Basic Fit est une chaîne de salles low-cost qui compte des millions de membres à travers l'Europe. Son app met en avant de nombreux exercices et routines, mais pour quelqu'un dans ses premières semaines, elle ne sert qu'à ouvrir la porte avec un QR code.

Pour ce débutant, la salle est aussi un lieu qui a une ambiance : des machines inconnues, la sensation d'être observé, et aucune idée de par où commencer. L'app le rejoint exactement à ce moment-là et c'est là que vit cette refonte.

Le problème

Les nouveaux utilisateurs n'échouaient pas à s'entraîner. Ils échouaient à se sentir à leur place.

La motivation n'était pas le problème, car les débutants arrivaient prêts. Ce qui les repoussait vers la sortie était structurel : le produit ne savait parler que de performance.

01 · Exposition

Exposé au milieu de la salle

L'app proposait des exercices au sol ou aux poids libres sans aucune conscience de l'espace, plaçant les plus intimidés dans des situations où ils se sentaient trop observés pour se lancer.

02 · Rigidité

Des plans qui ne tenaient pas dans la vraie salle

Une seule machine occupée, et plus aucun plan B : la séance du débutant s'effondrait dès que la réalité s'écartait du programme.

03 · Friction

Se lancer coûtait plus que l'entraînement lui même

Entre les noms de machines obscurs et les programmes génériques, monter ou adapter une séance devenait plus dur que de la réaliser.

Validé lors d'entretiens avec des membres débutants et intermédiaires. Les frustrations individuelles ont été regroupées en tendances communes.

Ce qui se passe aujourd'hui

Deux moments font dérailler la séance d'un débutant. L'app actuelle n'en voit aucun.

La séance d'un débutant a une forme : il arrive motivé, rencontre une première rupture quand l'app l'expose au milieu de la salle, persévère, puis rencontre une seconde rupture quand une machine est prise sans solution de repli. L'app actuelle n'enregistre rien de tout ça.

Frise du parcours d'un débutant : arrivée motivé mais incertain, friction quand l'app propose un exercice au sol, première rupture (se sent observé, l'élan retombe), séance suivie un moment, seconde rupture (machine occupée, aucun plan B), sortie sans progrès retenu.

Ce que la vraie salle imposait

Chaque décision répond ici à une contrainte, pas à une préférence.

La vraie salle impose ses règles: c'est bondé, c'est public, et impossible de savoir quelles machines sont libres. Plutôt que de les contourner, j'ai laissé ces contraintes guider le design.

Contrainte 01

N'importe quelle machine peut être prise à tout moment

L'espace est partagé et imprévisible : le design ne peut jamais présumer qu'un exercice prévu sera disponible.

Décision

Une checklist en accès libre, jamais une séquence imposée

N'importe quelle machine; n'importe quel ordre. La séance encaisse une salle pleine. Aucune étape n'attend la précédente.

Compromis: pas l'entraînement parfait mais l’entraînement tient.

Contrainte 02

Tout se joue sous le regard des autres

Le travail au sol et les poids libres ont un coût social que l'interface ignorait.

Décision

Un filtre « machines uniquement » qui écarte les exercices qui exposent

Un seul bouton retire les mouvements qu'un débutant intimidé n'oserait pas faire en public.

Compromis: un entraînement moins complet, mais qu'il ira vraiment au bout.

Contrainte 03

Aucune donnée en direct sur les machines libres

Aucun capteur: c'est l'utilisateur qui signale ce qui se passe, et l'app s'adapte à partir de là.

Décision

Passer ou remplacer chaque exercice en un tap

Il signale une machine occupée et reçoit aussitôt des alternatives libres sur les mêmes muscles. Une machine prise devient un détour, plus une impasse.

Compromis: il garde la main au lieu d'attendre et de casser son rythme.

La séance, étape par étape

Un seul parcours qui vous accompagne du premier entraînement au dernier.

01

Commencer sans avoir à décider

La séance se choisit toute seule

Un seul point d'entrée sur l'accueil, une seule checklist à l'intérieur. Rien à programmer, aucun ordre à respecter. Le débutant ouvre l'app, et il est déjà en mouvement. La question qui bloque le plus, « je fais quoi aujourd'hui ? », est déjà tranchée, avec des exercices accessibles.

Écran d'accueil : un unique choix « séance du jour » pour les débutants.

Accueil : une seule proposition, la séance du jour

La checklist en ordre libre : choisissez n'importe quel exercice pour commencer.

Checklist en accès libre : on commence où on veut

02

Une machine occupée ? Un détour en un tap

S'adapter à une salle pleine

Si une machine est prise, un tap ouvre une liste d'alternatives sur les mêmes muscles. Tout est pensé pour que changer ressemble à un choix normal, pas à un échec. Le compteur de la séance ne repart jamais de zéro.

La fiche de remplacement : des alternatives pour les mêmes muscles face à une machine prise, avec une option pour garder l'exercice en cours.

La liste de remplacement : des alternatives sur les mêmes muscles

03

Rester dans sa série

Rien à retenir, rien à calculer

Le poids reprend celui de la dernière fois : aucun effort de mémoire. Répétitions, séries et repos se règlent d'un tap, et ajouter une série reste un choix volontaire, jamais automatique.

Répétitions, kg et repos repris de la dernière fois.

Répétitions · kg · repos, repris de la dernière fois

Ajustement du poids, avec la dernière fois affichée.

Des réglages qui se modifient sans effort

Ajouter une série de plus, délibérément.

Ajouter une série, quand on le décide

04

Repartir avec une raison de revenir

De petites victoires, rendues visibles

L'écran de fin met en avant ce qu'un débutant maîtrise vraiment : tu es venu, tu as ajouté une série, tu as pris 5 kg depuis la dernière fois. Puis arrive le petit calcul amusant : « 2,5 tonnes soulevées cette semaine ». Des petites victoires ressenties à leur juste valeur, et une raison discrète de rouvrir l'app dimanche. Une semaine sautée n'est jamais un échec.

L'écran de fin : séance terminée avec séries, répétitions, volume, progrès cette fois, et ce que vous avez fait.

Un petit récap des exercices réalisés, histoire d'être fier

Un système, deux modes

La même structure porte aussi le cardio.

Ni répétitions, ni poids. Des chronos à la place, et une interface sombre qui se lit d'un coup d'œil en plein effort. Muscu et cardio partagent la même structure, la même logique de remplacement et le même ton.

Pensé pour les débutants, avec des détails qui rassurent

Pensé pour les débutants, avec des détails qui rassurent

La même checklist sans ordre imposé

La même checklist sans ordre imposé.

Interface sombre, aux teintes Basic Fit, qui isole l'exercice en cours

Interface sombre, aux teintes Basic Fit, qui isole l'exercice en cours.

Féliciter, avec une option pour simplifier plus

Féliciter, avec une option pour simplifier plus

Là où l'idée se voit le plus clairement. L'écran de fin ne te demande pas à quel point tu as forcé. Il te demande ce qui rendrait la prochaine fois plus facile et si aucun des trois filtres de confort n'est encore activé, il te les propose : rester sur les machines, éviter la zone ouverte, faire court. Tu en actives un, l'app le retient et ajuste discrètement ta prochaine séance en fonction.

Au delà du parcours débutant

J'ai poussé l'exploration, puis j'ai choisi de m'arrêter.

01

Explorées, non livrées

Trois pistes que j'ai wireframées

Une fois le parcours principal posé, j'ai continué à esquisser. Un widget « regarder pendant l'effort » qui affiche une vidéo YouTube pour les longues séances de cardio machine. Un parcours « compose ta séance » pour les membres prêts à construire eux-mêmes leur entraînement. Et une page profil pour donner un vrai foyer aux filtres de confort. Les trois wireframées, aucune livrée.

Garder le téléphone en main sans perdre le fil de sa séance

Garder le téléphone en main sans perdre le fil de sa séance

Dupliquer une séance existante pour la retoucher

Dupliquer une séance existante pour la retoucher

Une page profil, avec des filtres pour fluidifier l'entraînement

Une page profil, avec des filtres pour fluidifier l'entraînement

02

Là où je me suis arrêtée

La vraie décision de design, c'était la retenue

Je me suis arrêtée là volontairement. Courir après les trois aurait transformé une expérience débutant resserrée en une refonte complète de l'app, et fait perdre le seul enjeu du projet : accompagner un nouveau membre pendant ses premières semaines, sans friction.

Un PRD posé tôt m'a permis de garder cette limite en tête et de distinguer les pistes qui méritaient d'aller au bout de celles qu'il valait mieux laisser. La discipline était la décision de design.

Comment j'ai travaillé avec l'IA

Rapide pour explorer. Précis pour décider.

L'IA dans le processus, pas au dessus. L'IA n'a fait qu'accompagner le travail. Elle a accéléré le processus et élargi le champ de ce que je pouvais tester, sans jamais tenir le volant. Le jugement est resté le mien, à chaque étape.

Synthèse
Claude AIChatGPT

Ce que l'IA a fait

Regroupé mes notes d'entretien brutes en tendances possibles, en quelques minutes.

Ce que j'ai décidé

Repérer les vraies tendances, pas celles induites par mes questions.

Garder le cap
Claude AI

Ce que l'IA a fait

Rédigé un PRD à partir de ma réflexion, pour me donner un cadre clair et ancrer.

Ce que j'ai décidé

Maintenir chaque choix dans ce cadre, sans partir sur une refonte complète.

Le ton de la confiance
Claude AI

Ce que l'IA a fait

Proposé des variantes de textes pour m'aider à trouver le bon ton et les bonnes tournures.

Ce que j'ai décidé

Tout ramener à un seul ton. L'IA proposait les options; le choix de voix était ma décision.

Explorer, puis affiner
Claude DesignFigma MakeCursor

Ce que l'IA a fait

Généré des variantes de parcours et d'interactions à tester, plus vite que je ne pouvais les dessiner.

Ce que j'ai décidé

Garder ce qui fonctionnait, retravailler le reste, et faire mien chaque détail.

Le résultat est le mien. L'IA a rendu les bonnes idées plus rapides à atteindre, mais elle n'a jamais décidé à ma place.

Le test d'utilisabilité

Testé auprès de 10 personnes, dont les retours ont fait évoluer le design.

Progression

Ce que le test a révélé

Les utilisateurs voulaient une preuve d'avoir avancé. Un simple écran « terminé » ne suffisait pas à donner du poids à la séance.

Ce que j'ai changé

Ajouté un récap de fin de séance qui montre la progression qui se construit dans la durée, pas seulement la séance du jour.

La suite

Ce que le test a révélé

Voir venir l'exercice suivant comptait plus que je ne le croyais : ça gardait les utilisateurs dans le rythme et donnait de l'élan au parcours.

Ce que j'ai changé

Fait apparaître l'exercice à venir dans le parcours, pour toujours savoir ce qui arrive, pas seulement où on en est.

Le test a gagné sa place en remodelant le design, pas en lui donnant une note.

À retenir

Conçu pour que personne ne se sente dépassé.

La confiance, ça ne se commande pas. Ce qu'on peut faire, c'est effacer les moments où un débutant se sent en retard : le départ face à un écran vide, la machine déjà prise… Effaces-en assez, et il ne reste plus que quelqu'un qui se sent à sa place.

Écran agrandi